Désamiantage en espace contraint sur le port de Lyon

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La découverte d’amiante-ciment sur le site de construction d’une centrale à béton sur le port de Lyon a rendu nécessaire une opération de tri des matériaux pollués sous réglementation Amiante. Un chantier confié à Serpol et réalisé par du personnel habilité et spécialement formé.

La société Serpol, filiale du groupe Serfim, intervient actuellement sur le Port Edouard Herriot, à Lyon, pour dépolluer un terrain d’environ 5000 m² où doit s’implanter une nouvelle centrale à béton de la société Béton Vicat. Les terrassements entrepris préalablement à la réalisation des fondations ont révélé la présence de mâchefers et de déchets amiantés enfouis sur le terrain : morceaux d’amiante-ciment issus d’anciennes toitures et importantes quantités de joints de brides également amiantés. D’autres polluants plus classiques sont également présents, à savoir des hydrocarbures et surtout des métaux lourds.

Suite à la caractérisation des déchets et polluants présents, Béton Vicat a mandaté Serpol pour mettre le site en sécurité et le dépolluer avant reprise des travaux de construction. « Fin 2019, nous avons sécurisé la zone en cours de construction en terrassant les zones de déchets et en mettant en place des dispositifs de confinement des déchets résiduels, et depuis janvier, nous réalisons le tri de l’ensemble des matériaux excavés, soit environ 2 100 m3 », indique Frédéric Huet, directeur sites et sols pollués de Serpol Vénissieux.

Séparer les déchets amiantés
Le premier objectif du tri est de séparer les déchets amiantés présents dans les déblais, afin de réduire les coûts d’élimination. En effet, les déchets d’amiante sont évacués en installation de stockage de déchets dangereux (ISDD), ce qui engendre des coûts importants. Une installation de tri a donc été mise en place sur le site. Elle est constituée d’un atelier de criblage jumelé avec des plateformes de tri pour permettre aux opérateurs de tri de se positionner correctement au niveau des sauterelles d’évacuation des matériaux, tout en garantissant leur sécurité. Les cadences de criblage sont très faibles afin de garantir un tri optimal des matériaux sur l’ensemble des granulométries en sortie de crible.

Suite au tri, les matériaux sont stockés par lots de faibles de volumes, afin de les analyser en laboratoire. Ces analyses consistent à valider ou non l’absence d’amiante dans les déblais. Suite au retrait des matériaux amiantés (et uniquement lorsque les analyses confirment l’absence d’amiante dans les stocks), un dernier tri des terres est réalisé afin de les caractériser via des analyses en laboratoire pour définir leur niveau de pollution pour les problématiques hydrocarbures et autres métaux lourds. Cette caractérisation permet ainsi de définir le devenir des matériaux : remblais sur site ou évacuation pour valorisation en cimenterie à Montalieu chez Vicat, éventuellement après une phase de phytoremédiation sur la plateforme voisine Terenvie, conjointement créée par Serpol et Vicat. Le but de ce tri est également de limiter le coût global du chantier.

Maîtriser le risque aérien
Pour éviter la pollution de l’air, la zone de travail est brumisée. « Nous réalisons régulièrement des analyses d’air sur la zone de travail, au niveau des opérateurs et des machines pour contrôler l’empoussièrement, commente Julien Chambard, responsable du chantier de désamiantage. Sur ce chantier, nous sommes jusqu’ici toujours restés en deçà des seuils réglementaires. »

Une campagne hebdomadaire d’analyse d’air extérieur au chantier est également réalisée une fois par semaine et « les résultats indiquent systématiquement une bonne protection des zones extérieures », assure Julien Chambard. Le niveau de protection mis en place sur ce chantier (brumisation, méthodes utilisées, cadences…) permet de garantir une absence d’exposition pour les environnants.

Travail en zone amiante
Tous les opérateurs sur la zone de tri sont habilités pour le travail sur des matériaux contenant de l’amiante. « La plateforme de tri est équipée d’un abri pour les trieurs, qui sont équipés notamment d’une combinaison intégrale de protection contre l’amiante ainsi que d’une protection respiratoire de type masque ventilé. Les postes de tri respectent la réglementation amiante avec des vacations de travail ne dépassant pas 2h30 d’affilée et 6 heures sur la journée pour le port du masque. Les contraintes sont exactement les mêmes que celles rencontrées lors d’un désamiantage de bâtiment », précise Julien Chambard.

Les engins de chantier – une pelle sur chenilles et une chargeuse à pneus – sont équipés de dispositifs de pressurisation et de filtration des cabines, ce qui permet aux opérateurs d’évoluer sans protection respiratoire afin de limiter les risques liés au manque de visibilité du chauffeur.

Espace contraint
Les délais d’analyses chimiques réalisées sur les stocks non amiantés conditionnent les espaces disponibles sur la zone de travaux. En effet, la durée moyenne d’immobilisation d’un stock est de trois semaines avant obtention des résultats. Cette contrainte engendre des arrêts de chantier en raison du manque de place sur la parcelle.

Le manque de surface disponible sur le site, couplé avec la présence d’engins de chantier de gros gabarits, engendre des risques pour les personnels à pied (opérateurs de tri). La gestion de ces risques est le quotidien des personnels sur le chantier, notamment du chef de chantier, des chauffeurs d’engins et de l’ingénieur travaux présent en permanence sur le site. Cette opération de mise en sécurité et de tri de matériaux amiantés engendre un surcoût pour le maître d’ouvrage de l’ordre de 500 000 euros HT, et un décalage de planning d’environ huit mois sur le programme initial de construction de la centrale à béton. Le chantier devrait être réceptionné pour les travaux de Serpol, courant mars 2020.

Le chantier en bref
Maître d’ouvrage : Béton Vicat
Prestataire de dépollution : Serpol
Lieu : Port Edouard Herriot à Lyon
Surface : 5 000 m²
Volume de terres à trier sur place : 2 100 m3
Coût : environ 500 000 €
Durée : 5 mois
Equipement : 1 crible mobile, 1 pelle mécanique et 1 chargeuse à cabine pressurisée
Personnel : 5 opérateurs de tri habilités amiante (travail en combinaison étanche intégrale et ventilée) + 2 conducteurs d’engins + 1 cadre